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report Life Sciences

«Les premiers pas sont difficiles, mais après tout se met subitement en place»

02.12.2019

Après plus de 25 ans dans le secteur pharmaceutique, Andreas Katopodis a créé la société de biotechnologie Anaveon avec le professeur Onur Boyman. En 2019, la start-up a levé 35 millions de CHF et va bientôt achever la mise en place de son nouveau laboratoire, la société étendant ses produits au domaine du développement clinique. Très réaliste mais optimiste, Andreas fait le point sur la situation.

BaselArea.swiss: Andreas, comment se porte la start-up?

Andreas Katopodis: Les laboratoires ressemblent enfin à de vrais laboratoires et, si tout va bien, nous devrions mener des expériences d'ici décembre.

Vous avez longtemps dirigé l’équipe de transplantation à Novartis. Maintenant, vous êtes PDG d'une start-up qui met au point des complexes IL-2 pour le traitement du cancer. Comment vous êtes-vous lancé dans cette aventure?

Je suis biologiste moléculaire de formation, mais j’ai toujours été fasciné par l'immunologie. Au début de ma carrière, la cyclosporine, ce produit qui a permis un essor considérable de la transplantation d'organes et augmenté de manière significative l'espérance de vie du patient, était déjà sur le marché depuis quelques années. C'était fantastique! Chez Novartis, j'étais responsable de l'identification de nouvelles cibles pour les maladies auto-immunes et travaillais en même temps à arriver au niveau de tolérance en transplantation. La tolérance immunologique permet de recevoir et de garder un organe sans que le patient n’ait à suivre un traitement continu tout au long de sa vie. Le contraire de la tolérance est le rejet. Ces types de mécanismes biologiques ont leur importance dans le rejet d'une tumeur. Nous réfléchissions donc sur la manière dont nous pourrions utiliser notre expertise en tolérance en transplantation pour le rejet des tumeurs. C’est ainsi que nous nous sommes réunis avec Onur Boyman de l'Université de Zurich, dont la recherche est axée sur les cytokines et leur rôle dans la régulation de l'immunité.

Décrivez-nous l'aspect scientifique du projet.

Le système immunitaire possède à la fois des mécanismes effecteurs et de tolérance. Les effecteurs préparent l'immunité contre tout ce que le corps considère comme étranger, que ce soit les virus, les bactéries ou un rein provenant d'une autre personne. D'autre part, un mécanisme d'acceptation rend la réaction immunitaire passive. Cela s’apparente au yin et au yang: chaque action entraîne une réaction opposée, ce qui maintient le système en équilibre. La recherche menée sur les complexes IL-2 dans le laboratoire d’Onur a donné lieu à des anticorps qui pourraient moduler les mécanismes effecteurs. Nous avons ensuite utilisé l'expérience de Novartis pour développer ces anticorps dans de nouveaux médicaments qui pourraient être utilisés pour le traitement du cancer. Malheureusement, pour des raisons stratégiques, Novartis a mis fin au projet en 2016.

Que s’est-il passé après que Novartis a arrêté le projet ?

Pour être bref, Onur et moi étions passionnés par ce que nous faisions et avons obtenu la licence de Novartis et de l'Université de Zurich. Nous avons lancé une nouvelle société appelée Anaveon où nous nous concentrons sur la mise à l'essai du matériel médical en milieu clinique.

Anaveon met au point des méthodes thérapeutiques fondées sur la fusion d'un anticorps à un IL-2. Quel est le degré de complexité de ce processus?

Chez Anaveon, nous ne faisons pas de science exotique, mais notre activité n’est pas non plus routinière; nous cherchons en effet à atténuer les risques là où nous le pouvons. Nous connaissons tous les ingrédients: les IL-2, les cellules T et NK, mais nous ne connaissons pas exactement leur fonctionnement dans le traitement du cancer.

Quelle difficulté avez-vous rencontré pour reprendre le projet de Novartis?

Le projet a repris directement, mais nous avons mis du temps. Novartis octroie avec clarté et professionnalisme ses licences de matériel se trouvant à un stade avancé; ces licences avaient été justement interrompues pour des raisons stratégiques, mais ce type de procédure ne concerne pas le matériel qui est à un stade précoce. Je pense que c'est la raison pour laquelle il nous a fallu un peu plus de temps.

Avez-vous été directement impliqué dans la négociation de l'accord de licence conclu avec Novartis?

Non. Afin que le processus soit équitable pour tout le monde, Onur a travaillé avec l'équipe de Novartis chargée de l'octroi de licence et j'en ai fait de même avec l'équipe de l'Université de Zurich. Dans ces négociations, il faut avoir un objectif clair, beaucoup de patience et un état d’esprit exclusivement axé sur le succès. Au final, nous avons obtenu le matériel à des conditions satisfaisantes pour toutes les parties.

Vous êtes maintenant entrepreneur. Comment avez-vous pris cette décision?

Tout allait à merveille à Novartis, car les projets intéressants s’enchaînaient et nous avions de nombreuses ressources pour les mener à bien. La plupart des personnes travaillant dans mon domaine sont poussées par l’envie de voir l’hypothèse qu’ils ont formulée se transformer en nouveaux traitements pour patients. J'ai travaillé sur la recherche en transplantation pendant de nombreuses années. Rien n’est plus formidable que de voir une personne sous dialyse obtenir un nouveau rein. Le cancer est une chose que nous ne connaissons que trop bien. En créant Anaveon, j’ai ressenti un besoin plus grand et plus intéressant. Ce n'est donc pas tant l'esprit d'entreprise, mais le désir d'appliquer ce concept auquel je crois et de voir comment il prend effet en clinique.

Êtes-vous plus ou moins optimiste à propos du résultat?

Comme nous le savons tous, il y a un fort taux d'attrition en développement clinique, mais nous avons été au plus près de cette science pendant longtemps et croyons au potentiel de ce projet. Les premiers progrès se sont fait sentir extrêmement rapidement et ne pas les tester en clinique serait un énorme gaspillage.

Vous avez obtenu un financement du Fonds de l'Université de Zurich pour les sciences de la vie (Life Sciences Fund) et de BaseLaunch. En 2019, vous avez conclu avec succès un cycle  de financement de série A conduit par Syncona, le fonds britannique des sciences de la vie. Le Novartis Venture Fund y a également participé: vous avez d’ailleurs levé 35 millions de CHF. C'est un grand succès.

Je veux justement revenir un peu sur ce point… Dans le processus de développement de médicaments, il existe ce qu’on appelle les points de décision des composés. Vous devez d'abord démontrer que votre cible ou le mode d'action a une importance dans la maladie. C'est une preuve de concept de votre cible. Vous devez ensuite décider de la façon dont vous allez interférer pharmacologiquement avec cette cible. La deuxième partie exige du temps et des ressources parce que vous utilisez des composés et des anticorps différents, ce qui peut prendre des années pour les développer et les tester. Nous avons eu la chance d’avoir déjà décidé des composés, ce qui signifiait que les composés principaux avaient déjà été sélectionnés. Nous savions que l'un d'entre eux fonctionnerait. Lorsque nous avons créé Anaveon, nous étions prêts à lancer la fabrication réelle et l'essai des composés principaux.

Quels facteurs ont davantage favorisé le processus de financement?

Nous avons d'abord reçu 1 million de CHF du Fonds de l'Université de Zurich pour les sciences de la vie, ce qui nous a permis de lancer les premières étapes de fabrication. BaseLaunch nous a également soutenus, d'abord avec une subvention non dilutive et ensuite avec un prêt. Anja König, la cheffe mondiale du Novartis Venture Fund, a joué un rôle crucial en nous aidant à trouver des financements. Ses conseils nous ont permis de rester mesurés; nous n’avons pas frappé à un trop grand nombre de portes, et nous avons eu la chance d'obtenir des offres de souscription en moins de 6 mois. Je pense que nous avons su associer le fait d’être très réaliste et le fait de présenter une vision équilibrée aux investisseurs. En résumé, les questions qu’il faut se poser sont les suivantes: Pouvez-vous démontrer que vous avez un bon concept? Croyez-vous en ce concept? Pouvez-vous amener d'autres personnes à croire en ce concept, en vous et en votre équipe?

Vous coopérez avec des fonds professionnels de capital-risque (CR). Que pensez-vous de cette collaboration?

Personnellement, je préfère les investisseurs professionnels car ils sont en mesure de juger de la validité de votre projet, de vous mettre au défi et vous guider. Ils sont souvent plus chers que les investisseurs providentiels privés, mais je crois que c'est le prix à payer pour bénéficier d’une aide professionnelle et en même temps de leur expérience. Je conseille aux start-ups d'essayer et de travailler dès le début avec des investisseurs professionnels. Bien sûr, ils sont plus exigeants, mais généralement, ils sont comme nous autres scientifiques; ils veulent que leur imagination soit captée par quelque chose qui les passionne. Les meilleurs d'entre eux veulent participer et aider à construire l’entreprise, et je pense qu’Anaveon a vu juste.

Bien souvent, les start-ups ont des difficultés à définir la valorisation, en particulier à un stade aussi précoce.

Nous avons été également confrontés à cette question. Il est difficile d'évaluer ce qu'est un bon prix. Je ne pense pas que la réussite d'une entreprise se traduise par l'obtention de la valorisation la plus forte. Au contraire, votre objectif consiste à trouver les meilleurs partenaires. Certains de ces fonds sont très importants; beaucoup dépendent en effet des personnes qui y sont vraiment impliquées. Le processus de diligence raisonnable permet d’avoir le temps de connaître toutes les personnes qui participent. Dans notre cas, nous avons avancé avec les investisseurs avec lesquels nous nous sentions le plus à l'aise. C’est aussi ce que j’essaie généralement de faire dans la vie. Et, c’est de cette manière que j'ai constitué notre équipe.

Où pensez-vous aller avec ces 35 millions de CHF?

Nous aurons une première réponse à la clinique. Avec 35 millions de CHF, nous pouvons réaliser les études de la phase I, mais nous devrons mobiliser des fonds supplémentaires au fur et à mesure que nous avancerons dans la clinique. À un certain point, nous pourrons peut-être envisager d'identifier un ou plusieurs partenaires qui seront en mesure de nous encourager dans des d'études du traitement en association; nous parlerons de cette décision en équipe et avec nos investisseurs. Notre objectif est d'accroître notre présence dans d'autres domaines de cytokines.

Que pensez-vous de la concurrence?

La concurrence nous attend dans le domaine des IL-2 de la prochaine génération. Pourtant, nous sommes convaincus que nous avons le meilleur traitement. Les médecins, les patients et les payeurs préféreront utiliser le médicament qui fournira la meilleure chance de survie ou peut-être un remède, que de chercher le deuxième meilleur. L'oncologie est un vaste domaine et un autre acteur peut utiliser le même mode d'action tant qu’il peut se démarquer avec son médicament. Nous avons de la chance parce que nous avons des investisseurs qui vont pouvoir nous aider à avance rapidement. On peut y voir un parallèle avec bien d'autres choses de la vie: les premiers pas sont difficiles, mais après tout se met subitement en place.

Quel a été le plus grand défi jusqu'à présent?

Le fait de trouver des laboratoires et de les organiser a été un défi. C'est l’alpha et l’oméga de la biotechnologie. Le principal défi a été de mettre sur pied une organisation. Bâle offre un excellent bassin de talents ayant une expérience pharmaceutique. Bien sûr, rien à voir avec les centres de biotechnologie américains où les opportunités se succèdent les unes après les autres. Les gens sont moins mobiles ici. En même temps, plus de gens sont prêts à faire le pari. Ce qui est fascinant dans une petite start-up, c'est que vous pouvez toucher les personnes sur le plan émotionnel et intellectuel, alors que dans le secteur pharmaceutique, il s’agit de capter leur esprit, mais pas tellement leur émotion. Dans notre profession impliquant une petite entreprise, les équipes sont très resserrées. Chacun est extrêmement important. D'autres atouts comme la faculté de prendre des décisions rapidement sont aussi appréciés.

Qu’est-ce qui a déterminé la formation de votre équipe?

L'excellence technique est essentielle, mais pas suffisante. Les membres de l'équipe doivent prendre volontairement des risques, pas seulement parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire. Je cherchais des personnes visionnaires. Nous avions proposé des postes dans divers canaux, mais il s'avère que nous n'avons jamais embauché par annonces. Jusqu'à présent, nos recrues sont venues à nous via le bouche à oreille.

Vous semblez savourer chaque minute. Y a-t-il quelque chose qui vous fait peur?

La partie la plus effrayante jusqu'à présent a été de conclure la série A. Maintenant, il s’agit de pouvoir entrer dans la phase 1. Parfois, on a l'impression de rouler sur une avenue à plusieurs files, mais tout d'un coup, la route se rétrécit et vous devez vous faufiler. Le fait de trouver la bonne formulation pour notre composé en serait un bon exemple. Ces rétrécissements seront à l’avenir encore plus nombreux. J’en ai déjà fait le constat: vous faites les meilleurs plans possibles et subitement, tout dépend d'un facteur que vous n’aviez pas prévu.

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report BaselArea.swiss

Le Switzerland Innovation Park Basel Area inaugure son nouveau site dans le Jura

22.10.2019

Le Switzerland Innovation Park Basel Area vient d’inaugurer son troisième site. Après les cantons de Bâle-Campagne et de Bâle-Ville, c’est au tour du Jura d’accueillir le parc d’innovation. Pour BaselArea.swiss, qui en assure la gestion, la concrétisation de ce projet marque un tournant important.

Le Switzerland Innovation Park Basel Area affirme désormais sa présence dans les trois cantons partenaires de l’exploitant BaselArea.swiss. Pour compléter l’implantation à Bâle et à Allschwil (BL), le troisième site a ouvert ses portes à Courroux, comme le souligne un communiqué de presse de l’organisation de promotion de la région BaselArea.swiss. Lorsqu’on lui parle de cet événement majeur, Domenico Scala, président de BaselArea.swiss, déclare: «Nous venons de boucler la boucle».

Le nouveau site offre une surface utile de 1200 m2 et met l’accent sur la technologie médicale, la technologie de santé, la santé numérique et la transformation industrielle. Les locaux sont conçus pour permettre aux PME et aux start-up de développer leurs visions et de faire aboutir leurs projets. Pour les aider à y parvenir, BaselArea.swiss a également mis au point des programmes de promotion spécifiques, baptisés DayOne et i4Challenge. Les premières entreprises commencent déjà à poser leurs bagages au sein du Switzerland Innovation Park Basel Area. C’est le cas notamment de NextDay.Vision, qui développe des solutions logicielles. Elle sera rejointe en novembre par ERSYS, une start-up spécialisée en ergonomie des systèmes qui, comme NextDay.Vision, est originaire du canton du Jura. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) empruntera le même chemin à partir du mois de novembre pour proposer ses conseils sur le nouveau site. Un investissement de 1,6 million de francs sera consacré à l’aménagement des deux étages. La plupart des mandats seront confiés à des entreprises jurassiennes.

Le Gouvernement jurassien soutient la création du nouveau site depuis le début. Monsieur Jacques Gerber, Président du gouvernement et Ministre du Département de l’économie et de la santé, précise d’ailleurs que le Switzerland Innovation Park Basel Area aura des répercussions considérables sur l’activité économique jurassienne, qui pourrait alors s’ancrer dans un écosystème animé par l’innovation. Et Claude-Henri Schaller, Chef du Service de l’économie et de l’emploi du canton du Jura, d’ajouter: «Nous avons déployé toute notre énergie pour offrir aux entreprises jurassiennes les meilleures conditions possibles. Je pense que nous avons réussi à satisfaire toutes nos exigences.»

report Life Sciences

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Artidis raises close to CHF 9 million in seed funding

06.12.2019

report BaselArea.swiss

GRID boosts innovative power of Basel region

26.09.2019

Work on the construction of the GRID complex for innovation and commerce has begun on the BaseLink site in Allschwil BL. By mid-2022, the Switzerland Innovation Park Basel Area will be operating from the new site as its anchor tenant.

With the GRID (Grand Réseau d’Innovation et de Développement) and the neighboring newbuild of the Swiss Tropical and Public Health Institute, the ecosystem of the Basel region will be further expanded in the fields of life sciences, biotech, public health and medtech, it was reported in a press release from the Switzerland Innovation Park Basel Area, its operator BaselArea.swiss and Senn Resources AG. The latter has been tasked with constructing the GRID building designed by Basel architecture firm Herzog & de Meuron.

In this building, the GRID Campus of Collaboration, space will be created on five floors and an area of around 50,000m2for “offices and laboratories for teaching, research, development and production of innovative products for the future”. To this end, 150 million Swiss francs is being invested. By mid-2020, the Switzerland Innovation Park Basel Area will have given up its existing location in Allschwil and leased 6,000m2 at the GRID complex. Tenants are expected to have been found for the remaining space as well by this point. The goal is for the GRID to offer workplaces for 2,220 people.

The GRID will further enrich the area around the Bachgraben, which is already home to companies such as Actelion and Idorsia as well as institutions in the fields of life sciences, biotech, public health and medtech. A new building for the Swiss Tropical and Public Health Institute will also be constructed in this area. The GRID will contribute to “the Basel region further gaining significance as a first-class ecosystem for innovation”.

Allschwil is the largest of the three planned sites making up the Switzerland Innovation Park Basel Area, with the second in Basel and plans to create a third in Delémont. The Switzerland Innovation Park Basel Area is one of five locations in the network of Switzerland Innovation Park. It is backed by the two Basel cantons, Jura, the Handelskammer beider Basel and the University of Basel. 

report Precision Medicine

Christian Müller is a leading global researcher

05.12.2019

report Innovation

La meilleure façon de découvrir le Switzerland Innovation Park Basel Area

02.12.2019

report BaselArea.swiss

«Le Switzerland Innovation Park Basel Area est parfaitement adapté au Jura»

26.09.2019

Le Switzerland Innovation Park Basel Area inaugurera le 25 octobre son site dans le Jura. Claude-Henri Schaller, chef du Service de l’économie et de l’emploi et vice-président du Conseil d’administration du Switzerland Innovation Park Basel Area SA, est convaincu que le parc d’innovation peut apporter une contribution décisive à la diversification de l’industrie jurassienne et qu’il permettra de créer des liens plus étroits entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche.

BaselArea.swiss: Le Jura est un canton horloger. Êtes-vous d’accord avec cette définition?

Claude-Henri Schaller: Je pense pouvoir affirmer qu’il n’existe pas une seule montre suisse dont au moins un élément n’ait été fabriqué dans le Jura. L’industrie horlogère a été la première activité industrielle à s’implanter dans ce canton, qu’elle continue de marquer de son empreinte. A l’heure actuelle, environ 44% des actifs du Jura travaillent dans le secteur secondaire, un chiffre supérieur à celui enregistré dans tous les autres cantons. Les groupes internationaux Swatch, Richemont, LVMH et Festina possèdent des sites de production dans le canton du Jura et Rolex travaille également avec de nombreux fournisseurs locaux. Cependant, nos entreprises déploient également leur savoir-faire dans d’autres domaines de l’économie. Le secteur de la technologie médicale occupe ainsi une place de plus en plus prépondérante dans notre canton.

La focalisation sur l’industrie de précision constitue-t-elle une force ou une faiblesse pour le Jura?

Nous sommes fortement dépendants du secteur de l’horlogerie, ce qui présente des avantages et des inconvénients. Les problèmes liés aux exportations ont sur nous des répercussions importantes et directes. Nous pouvons ressentir très rapidement l’impact d’une conjoncture économique favorable ou non. Dans le Jura, les cycles économiques sont plus courts que dans d’autres régions. Le taux de chômage peut augmenter subitement mais également baisser en un laps de temps très bref. Naturellement, nous tirons parti du vaste savoir-faire dont nous disposons en matière de mécanique de précision aussi dans les secteurs de la technologie médicale, du génie mécanique et de l’aéronautique. Nous cherchons toutefois à poursuivre la diversification des entreprises de notre canton.

Pourquoi la diversification revêt-elle une dimension si centrale pour le canton du Jura?

Les entreprises locales ont besoin d’autres possibilités de développement et de nouveaux marchés si la situation de horlogerie se détériore. La diversification permet en outre d’ouvrir de nouvelles perspectives sur le plan socio-économique: nous investissons actuellement des sommes importantes dans la formation de personnel hautement qualifié et affichons l’un des taux de diplômés du secteur tertiaire les plus élevés de Suisse. Néanmoins, nous ne retirons pas autant de bénéfices que nous le souhaiterions des investissements consentis dans ce domaine. En encourageant l’innovation dans le canton du Jura, nous offrons aussi des perspectives aux talents de notre région. Cette approche permet aux entreprises de poursuivre leur développement – avec des répercussions positives pour toute la société. Nous souhaitons qu’une main-d’œuvre hautement qualifiée puisse rester ou revenir dans le Jura.

Des potentiels d’amélioration existent donc. A quels niveaux le canton prévoit-il d’intervenir en premier lieu?

Dans une PME, le patron fait plus ou moins tout lui-même: recherche, vente, développement de l’innovation et conquête de nouveaux marchés. A l’heure actuelle, les activés de recherche et de développement se déroulent au cœur même de l’entreprise, souvent à huis clos et dans le plus grand secret. Notre canton abrite certes la Haute Ecole Arc Neuchâtel Berne Jura, mais elle ne possède aucun centre de recherche dans le canton œuvrant pour le secteur de l’industrie. C’est pourquoi nous ne sommes aujourd’hui ni suffisamment présents en amont ni suffisamment proches de la recherche. De nos jours toutefois, l’innovation dépasse les limites du champ universitaire ou de l’entreprise. La mise au point de solutions innovantes requiert une collaboration plus étroite entre industriels et universitaires. Le Switzerland Innovation Park Basel Area, avec son site jurassien, constitue un élément-clé à cet égard.

Dans quelle mesure?

Les autorités politiques du canton du Jura poursuivent trois grands objectifs: promouvoir l’innovation, soutenir la diversification de l’industrie et encourager la collaboration entre les centres de recherche et les entreprises. Avec son site du Jura, le Switzerland Innovation Park Basel Area nous offre l’opportunité de tendre vers une articulation plus cohérente des activités de recherche et de resserrer les liens entre les entreprises, la recherche, les hautes écoles et le canton.

Quel rôle jouera le parc d’innovation dans le Jura?

Le Switzerland Innovation Park Basel Area occupe plusieurs sites: Bâle, Allschwil et tout récemment Courroux, dans le canton du Jura. Ce site peut devenir une porte d’entrée pour des échanges intercantonaux ainsi que pour la promotion et la mise en place de projets. Un entrepreneur jurassien peut donc parfaitement initier un projet sur le site d’Allschwil en partenariat avec l’hôpital universitaire de Bâle, tandis qu’un projet né à Bâle-Ville pourra s’appuyer sur les ressources disponibles dans le Jura. Le domaine de spécialisation du Jura vient idéalement compléter le savoir-faire existant dans la région de Bâle, ce qui s’avère aussi intéressant pour le développement de nouveaux produits.

Comment entendez-vous convaincre les entreprises de collaborer davantage et de mettre à profit le parc d’innovation du Jura?

Afin de pouvoir toucher un maximum de PME, nous travaillons en étroite collaboration avec la Chambre de commerce et d’industrie du Jura et avons fondé avec BaselArea.swiss un Comité de chefs d’entreprises. Les représentants de l’industrie et de la recherche sont invités à intensifier leurs échanges. Naturellement, il s’agira de continuer à transmettre un grand nombre d’informations aux entreprises. Nous devons toujours beaucoup expliquer. Le Switzerland Innovation Park Basel Area est assurément une très belle idée sur le plan politique, mais les projets tangibles et les résultats concrets sont toujours plus parlants. C’est pourquoi il convient à présent d’identifier les projets adéquats et d’organiser leur mise en œuvre.

Vers quel type de projets le Switzerland Innovation Park Basel Area s’oriente-t-il pour le site du Jura?

Le concept de parc d’innovation est parfaitement adapté au Jura et à notre économie: nos entrepreneurs souhaitent discuter de projets concrets et ils auront la possibilité de les mettre sur pied ici, en partenariat avec des instituts de recherche. Sur le site du Jura, nous entendons en premier lieu nous concentrer sur le domaine de la santé. L’amélioration de l’organisation des services de santé dans nos régions périphériques est un sujet qui figure au cœur de nos préoccupations. Cela pourra se traduire par l’élaboration de nouveaux processus d’innovation ou de solutions inédites. Un projet concerne la pénurie de médecins, avec en ligne de mire des solutions innovantes visant à accroître le champ d’intervention du personnel médical, développées en concertation avec ce dernier. Je suis convaincu que le domaine de la santé ouvre d’immenses perspectives d’avenir. D’autres projets relevant de l’industrie 4.0 suivront également.

Pourquoi le site jurassien du Switzerland Innovation Park Basel Area est-il promis au succès?

La volonté d’établir un parc d’innovation dans le Jura est très forte et les entrepreneurs expriment un vif intérêt à cet égard. L’inauguration n’a pas encore eu lieu mais un premier contrat de location a déjà été signé avec l’entreprise NextDay.Vision, spécialisée dans la sécurité informatique. Nous possédons en outre toutes les compétences nécessaires à l’exploitation d’un parc d’innovation. Qui plus est, BaselArea.swiss jouit d’un bon ancrage dans le canton et les acteurs impliqués se connaissent bien. Je suis confiant et tout à fait certain que le Switzerland Innovation Park Basel Area va nous permettre de faire émerger de beaux projets. D’autant que dans le parc travailleront ensemble des entreprises du Jura et d’ailleurs. Nous sommes ouverts à toute la région bâloise. Je considère l’avenir avec beaucoup d’optimisme. La renommée du Jura en termes de compétences industrielles n’est plus à faire et c’est une force sur laquelle pourra s’appuyer le parc d’innovation.

Interview: Annett Altvater

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